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[Analyse] Comment Apple prend sa revanche contre Google avec l’iAd
[Pockett.net] - Jeudi dernier, Apple annonçait le contenu de la prochaine version 4.0 de son système d’exploitation iPhone et l’intégration dans celui-ci d’iAd Advertisement, service de publicité qui pourra être intégré dans n’importe quelle application, y compris des jeux.


Des jeux gratuits (ou non) avec des publicités, sur iPhone, ce n’est pas vraiment nouveau puisque certains utilisent déjà AdSense de Google, ou encore AdMob, Greystripe, Medialets et d’autres encore. Ces services vous proposent de la publicité qui demande parfois d’appuyer sur une touche pour la passer (une façon de vérifier que vous avez bien vu cette publicité), et vous ouvre une page web sur le site correspondant si vous la touchez. On notera d’ailleurs que certains développeurs plutôt malins, vous mettent le bandeau publicitaire proche d’une zone que vous devez toucher régulièrement dans votre partie. L’enthousiasme du jeu aidant votre doigt dérape et, hop, un clic enregistré pour le développeur ! Le clic est souvent la base d’évaluation du trafic et donc la rémunération du développeur dans ce modèle économique. Le souci, c’est que pour retourner à votre occupation première, il faut relancer votre jeu et il est parfois laborieux de retomber à l’endroit précis que vous aviez quitté.

La concurrence pas très loyale de l’iAd
Avec iAd, Steve Jobs a expliqué qu’il sera possible d’intégrer des vidéos visant à rendre la publicité plus dynamique, en haute résolution, tout en gardant l’interactivité d’une publicité sur le Web. Il ne faudra plus quitter l’application pour la publicité, puisqu’elle sera intégrée au système d’exploitation devenu multitâche. Si le n°1 d’Apple mise plutôt sur l’ « interaction » plus l’« émotion » pour attirer l’utilisateur, et garantit qu’un retour immédiat à l’application de départ sera possible à n’importe quel moment, on peut aussi penser que la publicité aura tout à fait les moyens techniques d’être plus intrusive avec, par exemple, des boutons virtuels à actionner ou des vidéos qu’il sera impossibles d’éviter. Il est également possible qu’Apple utilise la foule de données qu’elle a sur les habitudes de chacun de ses utilisateurs afin de cibler les publicités ou utiliser la géo-localisation dont elle interdit l’usage aux applications tierces. Ces stratégies sont connues pour être particulièrement efficaces. Quoiqu’il en soit, avec une intégration de ce mécanisme au système d’exploitation, Apple disposera de possibilités bien plus importantes que ses concurrents. L’écart avec les publicités de la concurrence - qualifiées de « pourries » par Steve Jobs – sera le même qu’entre de petits flyers et de gigantesques panneaux tournants et animés. Le modèle économique est simple : 40 % des revenus pour Apple et 60 % pour les développeurs, une répartition plus avantageuse pour Cupertino que pour les ventes d’applications où elle ne récupère que 30 %. Il n’y a pas de petit profit. Maintenant que l’App Store est un gros succès, on peut penser que personne ne viendra contester cette augmentation de marge décidée unilatéralement. La position dominante est bien confortable !

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Le but de l’iAd ?
Permettre aux développeurs de garder des prix bas ou des applications gratuites. Le New York Times rapporte les propos de Steve Jobs à ce sujet : « Ce n’est pas un schéma pour vite-devenir-riche pour Apple. C’est notre aide aux développeurs pour qu’ils puissent gagner de l’argent et survivre tout en gardant leurs applications à un prix raisonnable ». On en aurait presque la larme à l’œil face à tant d’altruisme et de désintéressement. La publicité comme réponse aux difficultés du marché iPhone que nous vous expliquions récemment ? De quoi rester dubitatif. Mais si Cupertino préfère trouver un moyen de toujours tirer les prix vers le bas, c’est bien pour contrer la montée en puissance de la concurrence. Android surtout, où 98,9 % des applications téléchargées sont gratuites, selon l’analyste FADE.

Le monde merveilleux de l’iAd ?
A quoi ressemblera-t-il ? Les explications de Steve Jobs ont de quoi faire peur, en particulier aux joueurs : « Un utilisateur passe en moyenne plus de 30 minutes à utiliser des applications sur son téléphone. Disons que nous voulons mettre une publicité toutes les trois minutes, ce sera dix publicités par appareil et par jour – à peu près la même chose que sur des programmes télés. Nous allons bientôt avoir 100 millions d’appareil. C’est une opportunité à un milliard de publicités potentielles par jour ! ».

Pour développer les base de l’iAd, Apple se repose sur sa dernière acquisition, la société Quattro pour 275 milllions de dollars en janvier dernier. Lors de la session des questions-réponses de la présentation de l’OS 4.0, Steve Jobs a expliqué : « Nous avons essayé d’acheter AdMob, mais Google nous l’a piqué. Alors nous avons acheté cette société plus petite appelée Quattro et ils nous apprennent. Nous sommes comme des bébés dans la forêt ». En effet, en novembre dernier, Google remportait l’enchère sur AdMob pour 750 millions dollars au nez et à la barbe du géant à la pomme. Le soucis pour Google, c’est que cette acquisition est actuellement bloquée par la FTC, la Federal Trade Commission. Car celle-ci craint que cette fusion se traduise par une position dominante de Google déjà présent sur le secteur avec AdSense et que les développeurs d’applications mobiles n’aient plus réellement de choix. Google essaye désormais de contre-attaquer depuis l’annonce de l’iAd en expliquant à la FTC ses besoins à rester compétitifs face à Apple. Le résumé de la stratégie de communication des deux grands groupes sur ce sujet : « le grand méchant loup, c’est l’autre ! ».

Pourquoi Google a-t’il acheté AdMob ?
Après tout, avec son service AdSense, Google a déjà d’énormes revenus : près de 99 % de ses 24 milliards de dollars annuels. Evidemment, les appareils mobiles seront les supports publicitaires les plus importants de demain et il est logique que le géant américain cherche à étendre ses parts de marché. Mais l’enjeu est peut-être également ailleurs. L’analyste Ian Schafer de l’agence de marketing Deep Focus estime que cette acquisition permettra à Google d’accéder à de précieuses données sur les habitudes d’utilisation des utilisateurs d’iPhone, comment ils réagissent aux publicité et leur loyauté envers leurs applications. Récupérer des données iPhone permet d’avoir des informations sur les nouvelles habitudes de ces consommateurs sans attendre d’avoir une base aussi importante sur Android. Ainsi, sa publicité gagne en pertinence et en efficacité. Les profits suivent.
Car AdMob est très implantée sur les applications iPhone, qui représentent 50 % de son trafic sur smartphones en février 2010, avec en plus une très forte progression (au détriment de Symbian) puisque ce chiffre était à seulement 33 % il y a tout juste un an. Ces chiffres montrent aussi que pour cet acteur, encore indépendant pour l’instant, l’iPhone représente encore un marché nettement plus important qu’Android en terme de trafic publicitaire, même si ce dernier a d’avantage progressé.

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A l’inverse on peut aussi mesurer à quel point le lancement de l’iAd dévalue la qualité de l’acquisition de Google, AdMob risquera bien de perdre rapidement une grosse partie de son plus gros secteur d’activité. Et c’est rien en comparaison de l’avenir. Pour l’analyste financier Piper Jaffrey, qui s’exprime dans les colonnes du Wall Street Journal, « les publicités dans les applications pourraient atteindre 700 millions de dollars en 2013, avec environ 70 %, ou 500 millions de dollars, issus des publicités depuis la plate-forme iPhone. Nous estimons qu’Apple pourrait capter 380 millions de dollars de ce marché avec sa plateforme iAd en revenus, ou 77 % de part de marché de la publicité sur la plate-forme iPhone, car nous nous attendons à ce que AdMob et les autres continuent à les concurrencer sur la plate-forme iPhone ».

Cupertino vs Moutain View
Apple mène désormais sa guerre contre son ancien allié sur tous les fronts en essayant de substituer chaque produit intégré à son système d’exploitation et issu de son ancien alliance. Les rumeurs se succèdent : une nouvelle application de guidage GPS pourrait bientôt remplacer Google Maps, présent dans le système d’exploitation de l’iPhone et le moteur de recherche Bing de l’ennemi de toujours, Microsoft, pourrait également remplacer Google comme moteur de recherche intégré à Safari. A moins que Cupertino ne développe son propre moteur de recherche de la même façon qu’elle a annoncé l’intégration de la VoIP à l’OS 4.0 qui concurrencera Google Voice, affaire dont nous vous avions déjà parlé. D’ailleurs, certains ont remarqué la disparition du bouton « Google » dans la fenêtre de recherche lors de la dernière présentation du nouveau système d’exploitation.

L’advertgaming, ou publicité dans le jeu, a véritablement explosé avec l’arrivée de l’iPhone. Toutefois aujourd’hui seuls les petits jeux, souvent des « snack games », se basent sur ce modèle économique encore balbutiant. Ce n’est dans l’immédiat pas de là que pourra venir une aide à la rentabilisation de superproductions de jeux vidéos, celles qui font actuellement le plus défaut aux véritables joueurs.



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Posté par Fabrice A. à 00:33 le 12/04/2010


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